Beyrouth, 8-9/04/10

Arrivées le jeudi soir, accueillies à l’aéroport par David qui, non content de nous héberger et de nous laisser son appart’, nous propose de nous faire découvrir Beyrouth by night à bord de sa voiture de fonction ! Rapide coup d’œil sur la corniche, puis immersion dans un des nombreux bars de la rue Gouraud - où on habite - et qui nous dépasse un peu au niveau de l’ambiance. On est tout simplement claquées mais on prend bonne note de toutes les adresses du coin. On ne s’entend pas parler, à peine penser, lorsque les lumières s’allument subitement à 00h30. C’est le revers de la médaille : le quartier Geymaseh (Beyrouth Est, chrétien, bling-bling) a fait l’objet d’une pétition des riverains. Depuis quelques mois, les bars arborent une affiche «Stop noise pollution» et ferment avant 1h. En revanche, on apprécie plus que tout de pouvoir fumer ET boire en même temps sans quitter le dance-floor !

Vendredi matin, réveillées par la perceuse du plombier qui vient réparer le chauffe-eau - ouf - à 9h, Roland, l’homme à tout faire du proprio nous apporte le café et les dernières nouvelles du pays… La bonne soixantaine, il a quitté son pays pendant la guerre civile (1975-1990), a travaillé pour l’ambassade libanaise en Allemagne, en Belgique, en Suède et en France, et est rentré comme de nombreux Libanais à la fin du conflit. On décide de se paumer dans notre quartier, et on y parvient sans problème. Après 2h à tourner en rond au milieu des grues, des banques et de 0 piétons, on se dirige vers la cantine du quartier, Le Chef. Notre serveur nous donne un aperçu du service ici : rapide, efficace, plus ou moins souriant mais toujours très cordial. «Vous êtes les bienvenues» est une phrase qui revient très souvent où qu’on aille. Hormis les bars et restos branchés du coin, la présence militaire et policière est incontestable. Selon les interlocuteurs, le Liban est - ou non - un pays en guerre…
On admire des vestiges romains, au milieu des chantiers de construction. Les ruines sont incroyablement conservées et agrémentées d’un jardin - odorant - en terrasse. Quant au cèdre, symbole du pays, on le retouve partout : sur les voitures, les murs, la vaisselle des restos, etc.

Ici, évidemment, on tombe tous les 5 mètres sur une mosquée ou une église, voire une église reconvertie en mosquée. La religion, musulmane ou chrétienne, est omniprésente. On dénombre 18 confessions différentes, issues de chacune de ces 2 grandes religions. Les zones d’habitation sont partagées en fonction des croyances : les Chrétiens vivent plutôt à Beyrouth-Est, les Musulmans à Beyrouth-Ouest, les Chiites dans le sud de la capitale et du pays, les Druzes dans les montagnes…

Tout le long de notre balade, on perçoit l’ambiance très contrastée de la ville. La marina ultra-yachtée côtoie les terrains vagues occupés par les voitures - que ne délaissent que très rarement les beyrouthins - en attendant que les grues n’envahissent les lieux.
Après 2 heures de marche dans des quartiers franchement déserts, on décide d’approcher la corniche. Lisa avise une terrasse qui surplombe la mer. Banco ! Là encore, beaucoup de Libanais blindés, équipés de blackberry (2, c’est mieux), de nanas sophistiquées (parfois opérées du nez et/ou des seins avant la trentaine), de serveurs efficaces/effacés. Tout le monde fume le narguilé. On commence à se familiariser avec la monnaie locale (en gros, 2000 livres libanaises = 1 euro).

Après avoir admiré le coucher du soleil, on retourne à pied à l’appart, traversant dans l’autre sens Downtown, Saïfi Village (sorte de Bercy village en plastoc, jalonné de boutiques de jeunes créateurs), la place des Martyrs. On découvre plusieurs dizaines de voitures garées le long de la côte, avec vue plongeante sur un énorme chantier. Ces véhicules sont le lieu de rendez-vous des couples en quête d’intimité, et qui se retrouvent pour y fumer, manger, discuter… Au Liban, les jeunes femmes ne quittent le domicile familial que pour se marier ; les enfants nés hors-mariage ne sont pas reconnus. Ceci explique - peut-être - cela.

Le soir, on retrouve David dans un bar de notre quartier. On avait juste oublié de réserver pour s’asseoir sur des tabourets au bar… Du coup, on file à Hamra (quartier musulman), on goûte aux saveurs locales (fatouch : salade de radis, menthe, tomates pelées, oignons, citron ; houmous ; kebbeh : beignets au boulgour ; halloum grillé : fromage de chèvre), on va assister à un concert de musique orientale dans un bar voisin ; on finit au Baromètre, petite salle, gros dance-floor, musique orientale crachotée par les enceintes fatiguées, ambiance maximale. Lisa fait la connaissance de Chokri, Tunisien travaillant pour la Croix Rouge, depuis 1 an à Beyrouth. Observateur - et intervenant - dans les prisons, il vérifie les conditions de détention des prisonniers politiques et des terroristes. Échange de numéros, on doit se voir le lendemain pour entendre ses récits.
Beyrouth est une ville incroyablement cosmopolite : au cours d’une conversation, il n’est pas rare d’entendre parler anglais, français et arabe. On croise de nombreux étrangers/expatriés/touristes/adeptes du tour du monde/membres d’ONG en mission… On s’apprête d’ailleurs à passer de bonnes soirées dans le week-end avec certains d’entre eux !